Facebook officiel - Google+ Yves JAMAIT - Nouvel album "je me souviens..." disponible - En tournée dans toute la france MON TOTEM

LE NOUVEL ALBUM

Yves JAMAIT

LE NOUVEL ALBUM

PAR BERTRAND DICALE

Les albums de Jamait ont ceci de commun : ils ne se ressemblent pas. Fans, journalistes ou confrères aiment le voir immuable mais il cherche toujours à aller ailleurs, à ne pas forcément se ressembler, à ne pas redire. Il aime se défaire de ses habitudes, comme de sa casquette.

Oui, cela va peut-être en chagriner quelques-uns : la pochette de Mon totem le montre la tête nue. « Elle n’est même pas présente sur l’image », ajoute-t-il, puisque sa casquette coiffait un crâne pour Amor Fati en 2013. « Je n’ai même plus l’intention de la mettre sur scène. J’en ai marre d’être le gavroche de service, le poulbot, le titi parisien. D’ailleurs, je n’ai jamais pu persuader que c’est une casquette irlandaise. »

Cela confirme que ce n’est pas la casquette qui fait Jamait, pas plus que la moustache ne fait Brassens ou le bandana, Renaud. Et qu’une trajectoire d’artiste emmêle ligne droite et chemins de traverse, fidélités et ruptures. « J’aime bousculer, ne pas marcher sur mes propres pas. Dès le départ, je n’ai pas voulu avoir toujours le même son, même si c’est plus facile de se débarrasser de la casquette que de l’accordéon auquel je reste accroc. » Arrivé au septième album studio, il convient que, depuis ses débuts il y a quinze ans, il a « pris des virages pas trop en aiguille »

Pour Mon totem, on note ainsi qu’il y a beaucoup de sons, de couleurs d’arrangements et de rythmes plutôt inhabituels dans sa discographie. « J’ai demandé aux musiciens : étonnez-moi. »

Yves Jamait n’est pas allé les chercher très loin : Samuel Garcia (accordéon), Mario Cimenti (percussions) et Jérôme Broyer (guitares) l’ont accompagné sur sa tournée précédente : « 147 dates avec la banane. Je n’avais jamais connu ça depuis que je chante. De vrais moments de grâce, de partage, l’envie... »

L’aventure de scène s’est naturellement poursuivie en studio. Jamait livrait des maquettes guitare-voix et son trio de scène a construit les arrangements. La production et le mix ont été assurés par Christophe Darlot et Hubert Harel (l’entourage d’Aldebert, copain depuis longtemps) et la réalisation par le fidèle Didier Grebot, le compagnon de route de toujours.

Comme toujours, Jamait chemine en frère avec ses contemporains, contemple le monde, médite sur la fuite du temps. Et, comme toujours, il aborde un nouveau territoire avec de nouveaux mots.

Car les athées ont une foi. Une foi ferme et charpentée, que Jamait tenait à exprimer haut et fort. L’album s’intitule Mon totem et commence par Je crois. « Je suis né d’une famille athée et j’entends dire depuis très longtemps : « ah ben tu crois en rien, alors. » Or je crois en plein de choses auxquelles on peut croire sans croire en Dieu, en Diable ou autre. Je crois en la raison et au doute qui la fonde, par exemple. » Cette chanson d’ouverture condense quelques décennies de réflexion sur ce thème, entre lectures nourrissantes (« je crois en l’illusion qu’il existe ce monde », inspiré par Marcus Gabriel) et rude bon sens humaniste (« Je crois qu’on est tout seul et qu’ensemble on y va »).

Dans Mon totem, il résume ce que d’autres appellent le sacré – ces attachements intangibles à la fois instinctifs et réfléchis, contre lesquels sa conscience ne peut lutter, et qui font ce qu’il est : « Tout, je garderais tout / Et referais sans peine / Ce chemin tortueux / Qui me mène à vous ».

C’est cet homme-là que montre Jamait, cet homme qui trouve dans l’amour une arme contre la rudesse de l’existence : « Le tragique m’est important. Je ne conçois pas la vie sans le tragique. Je reviens toujours à Nietzsche et à son amor fati : la vie est une tragédie que je vis et dépeins comme telle. Mais j’écris des chansons, je ne fais pas de la littérature ou de la peinture. La chanson doit toucher tout le monde, entrer par une porte rigolote avant d’oser la profondeur. J’ai appris cela avec Maxime Le Forestier, dont la voix un peu chaude et assez douce disait des choses violentes. »

Ses nouvelles chansons arpentent donc des douleurs avec une infinie douceur. Il reprend quelques-uns des mots de Victor Hugo pour évoquer un deuil dans Dès l’aube, évoque avec une tendre colère le suicide de son « régi-frère » David dans Qu’est-ce qui t’a pris, explore le mal d’être dans Insomnies. À chaque fois, le trio colore de danse une mélodie qui emballe la noirceur. « Parfois, ils élargissent l’horizon, ils emmènent la chanson ailleurs que je l’imaginais. Mais jamais trop loin. »

Les indignations citoyennes d’Yves Jamait nourrissent plusieurs de ses nouvelles chansons : Les Mêmes qui s’interroge sur l’uniformisation des modes de vie, des médias et des imaginaires à travers le monde ; Celles qui ose brandit l’oriflamme du combat féministe au masculin ; Le Maillon qui exprime la colère des individus persuadés qu’« ils » nous trompent… Et il aime toujours dire qu’il aime, de la rêverie à la félicité amoureuse (Vivre avec toi, Si tu pouvais) et à l’amitié (Pas les mots, adressé à Didier Grebot).

L’auteur de chansons est aussi un amoureux d’écritures. Il a mis en musique un texte inattendu de Gaston Couté, Dans vos yeux – une lettre d’amour vieille de plus d’un siècle –, et un marivaudage de Bernard Joyet, Je ne vous dirai pas, qui frôle les interdits d’après #metoo. C’est sans doute le même esprit qui lui fait aimer que ses chansons soient tango, ou reggae, ou musette, ou polka, ou même électro : l’envie que le cœur batte, que le vent souffle, que les yeux s’ouvrent… Une envie de dépaysement, d’aventure, de romanesque.

Cette année, il aura lu L’Illiade et Les Trois Mousquetaires, ratés jadis par manque d’école, couru les petits lieux pour la soixantaine de concerts Parenthèses dans lesquels il reprenait trois chansons de chacun de ses albums, puis regardé s’allonger le programme de la tournée prévue peu après la sortie de Mon totem – « Il faudra qu’à trois, Samuel, Mario et Jérôme jouent les trois mille instruments qu’ils ont mis sur l’album. »

Un autre défi encore, aussi personnel que partagé avec tout le public, aussi vertigineux que gourmand, aussi poétique que musical. Un autre virage, une autre page nouvelle, un autre ailleurs de Jamait.

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